Couvent des Capucins

Aujourd’hui on peut encore admirer, à la hauteur des numéros 31/33, un haut portail en fer forgé s’ouvrant sur une cour intérieure, au fond de cette cour se trouve un immeuble d’habitation dont les sous-sols recèlent sans doute des vestiges de ce monastère… Avant le sinistre il y avait à cet emplacement le magasin d’horticulture Removille.

Parlons du couvent : il fut fondé en 1627 par Christine de Croy, Princesse de Salm, épouse de François II Duc de Lorraine. Il fut construit sur un terrain donné par Claude Thomassin, curé de Charmes de la branche du Petit Thomassin, fondateur de la chapelle, l’autre étant le Grand Thomassin… La chronique nous dit que le couvent bénéficia aussi des largesses d’une dame noble célèbre en son temps, Barbe Alberte d’Ernecourt, dame de Saint-Baslemont, plus connue sous le nom de « l’amazone »…

Le monastère, bâti hors les murs de la ville, se composait de trois corps de bâtiments formant une cour carrée séparée de la rue par un haut mur. Un terrain cultivé l’entourait qui s’étendait jusqu’aux fossés de la ville.

Une chapelle surmontée d’un clocheton occupait l’angle regardant la Moselle… Cette chapelle, dédiée à sainte Christine, abritait de précieuses reliques dispersées à la Révolution. Dans cette chapelle furent inhumés plusieurs Capucins et même des laïcs, entre autres Élisabeth Masson, épouse Thomas, mère de Claude Thomas dont il sera question plus loin.

Les Capucins étaient chargés de la confession, de la prédication, et de la célébration des messes. Ils étaient également responsables du bon fonctionnement de l’horloge publique. Un certain Père Épiphane très versé en droit tira plus d’une fois la ville d’un mauvais pas dans plusieurs procès.

Pendant plus d’un demi-siècle la communauté bénéficia de l’affection des Carpiniens et même de leur sollicitude, jusqu’à balayer la neige devant le couvent afin de permettre aux religieux de se rendre à la chapelle sans danger. En plusieurs circonstances les habitants se portèrent volontaires pour organiser des gardes de nuit afin de protéger les pères contre les incursions des voleurs, le couvent étant à découvert car situé hors les murs de la ville. Pendant la grande peste de 1631 plusieurs Capucins prodiguèrent leurs soins aux malades.

Le 22 Novembre 1635 le Colonel Gassion, commandant les troupes françaises, assiégea la ville. Ses mousquetaires pillèrent puis incendièrent la cité, égorgeant dans l’église les femmes et les enfants qui s’y étaient réfugiés.

Le couvent des Capucins, ainsi que celui des Dames Dominicaines, fut épargné moyennant une rançon de 345 pistoles ; la ville étant dans l’impossibilité de réunir la somme, l’ennemi exigea des otages qui furent conduits à Mirecourt.

En 1669, Charles IV, Duc de Lorraine, fut hébergé au couvent, la ville, ruinée, ne pouvait l’accueillir.

En 1791, les Capucins, sauf le Père Marc, ayant refusé de prêter serment à la Constitution, furent chassés, les cloches vendues pour 151 livres, au profit de la commune…

En 1792, le couvent déclaré propriété nationale, un escadron de cavalerie l’occupa.

A propos des Capucins l’un d’eux est resté célèbre, il s’agit du Père Claude Thomas (né à Charmes en 1703) connu aussi sous le nom de Père Thomas de Charmes… Il se pourrait – mais cela n’est pas confirmé – que le Père Thomas fut un certain temps custode c’est-à-dire supérieur du couvent de Charmes… Il était docteur en théologie. Son ouvrage le plus connu « Théologie Morale » fit longtemps référence. Il séjourna à Rome à plusieurs reprises auprès du Pape Benoît XIV, lequel honora son ouvrage d’un bref d’approbation… Le Père Thomas décéda le 3 Janvier 1765 au couvent des Capucins de Nancy, devenu par la suite la maison mère des sœurs de la Doctrine Chrétienne… Un arrière-neveu de ce religieux, le chanoine Fourcaulx, a son tombeau dans l’ancien cimetière de Charmes, un monument imposant menacé hélas de destruction par la nécessité de libérer des emplacements… Ne peut-on faire une exception ? Cette tombe et ce qu’elle évoque de notre passé fait partie du patrimoine de la ville, nous avons le devoir de le préserver.

Texte d’Henriette Méline dans « Le Charmes de nos rues » (UBC édition)

Hormis le portail en fer forgé, il ne reste quasiment plus de traces de ce couvent.