Pour décrire la maison Barrès, nous n’avons pas mieux que les livres et les écrivains :
« Depuis quelque temps déjà, Barrès n’habitait plus la « vieille » maison où il m’avait conduit le premier jour de mon arrivée dans votre ville.
Pendant tout un mois de septembre nous avions parcouru vos environs pour y découvrir une propriété à son goût. Nous n’avions rien trouvé, et pour cause. Une seule maison lui plaisait : la maison de ses grands-parents, où il avait joué enfant, où il avait des souvenirs et dont il finit par se rendre acquéreur dès que cela fut possible. C’est la maison du faubourg, sur la route d’Epinal, que je n’ai pas besoin de vous décrire et que vous avez tous en ce moment devant les yeux.

Il y fit transporter de belles boiseries, mais surtout il changea la disposition du jardin. D’un vieux petit jardin sans style aux allées entortillées, il fit, sur les conseils d’un célèbre paysagiste, un jardin à la française où les yeux se reposaient en paix sur des lignes droites et pures et des parterres d’une charmante harmonie. La création de ce jardin fut pour lui un enchantement. Et c’était aussi un symbole : une façon d’affirmer que, sans renoncer à ses admirations pour les grands maîtres du romantisme, il reconnaissait la primauté du bel ordre classique. »
Extrait de : https://www.academie-francaise.fr/inauguration-du-monument-de-maurice-barres-charmes
« La majorité de ses œuvres, c’est dans sa maison de Charmes qu’il y songera, les concevra, les écrira. Il y passait non pas deux mois et demi, comme l’écriront les Tharaud, mais chaque fois qu’il le pouvait, à toutes les fêtes, quand la chambre ne réclamait point, mais alors que ses ingrats secrétaires ne trouvaient dans la pays aucun agrément, l’écrivain y rencontrait la paix, le calme, le silence. Ce n’est plus la maison de la rue des Capucins, c’est celle de ses grands-parents, à la sortie de la ville, sur la route d’Épinal. Elle n’avait pas grand-chose pour séduire l’imagination des Tharaud, mais celle de Barrès ! …. On entrait par une porte grillagée dans le jardin : elle était là, tout de suite, écussonnée, à gauche, de son cadran solaire ; on y accédait par un perron, quelques marches » …. « Il y revenait, toujours fidèle, de partout ! Rien ne le retenait davantage que la ‘’nappe silencieuse’’, sous laquelle, l’un après l’autre glisseront les siens. Et Charmes aura son père, sa mère, ‘’La Lorraine, je l’ai créée sur la tombe de mon père …. J’ai laissé des gouttes innombrables de sang à ses haies’’. Il a là son bureau.

Il y ‘’épingle ses trésors’’ en des carnets qui s’accumulent. Il fait son miel ! La pièce est tendue de l’étendard jaune de la Lorraine, avec ses alérions, oiseaux noirs dans le couchant pour parodier Claudel. Tout est sobre. Le nécessaire, pour gagner le sommet des plus hautes exaltations spirituelles, comme les exaltations les plus profanes !

Il s’assied dans son fauteuil de sorcier, sculpté de serpents, de lézards. Une autre pièce, non loin, contient les belles boiseries de Gerdolle de Lamarche, provenant du couvent de la Trinité. Un haut lieu de travail !

Si l’on sort par contre, c’est l’envoûtement : on est pris par l’atmosphère du jardin à la française, troublant avec ses allées droites, ‘’Disciplinons notre pensée’’. Avec ses hauts peupliers, ses massifs de fleurs, ses tonnelles ravissantes, ses pelouses où la lumière joue avec l’ombre, le temps, l’espace, à côté de l’étang aux nymphéas, inclinant à la mollesse, à la poésie, d’où, souvent, il verra s’enfuir l’Oiseau Bleu. C’est toute la lutte de la Chapelle de la Prairie qui clôt ‘’La Colline inspirée’’ (1913), de la foi et du paganisme, d’Apollon et de Dyonisos. C’est aussi tout Barrès ! De plus, les divagations de la Moselle sont là, derrière le jardin, les prairies de Claude Le lorrain »
Extrait du livre Arts et gloires de Charmes et du canton édité par le Comité des Fêtes de Charmes en octobre 1977, tiré du texte de Felix Vazemmes sur Maurice Barrès pages 125 et 127.
Reportage de M CORDIER, où apparait Mr VAZEMMES : Vidéo CORDIER
« Naturellement, la maison qu’il cherchait, il ne la trouva pas, puisqu’il ne voulait pas la trouver. Au fond, il n’y avait qu’une maison qu’il désirait. Celle-là, elle n’était pas dans Charmes, et elle était encore à Charmes. C’était une de ces maisons avancées, que les petites villes lancent en éclaireurs sur la route, et qui font dire aux voyageurs : ‘’Nous voici arrivés’’.

Elle avait pour Barrès le mérite inappréciable d’avoir été jadis la maison de ses grands-parents et de lui être aussi familière que celle qu’il pensait abandonner. Elle non plus n’avait pas grand-chose pour séduire l’imagination. Avec son toit de bois découpé, ses balcons, sa balustrade, elle avait l’air d’un chalet suisse. D’un côté, elle touchait la route ; de l’autre, elle dominait un jardin planté d’arbres verts, qui descendait en pente raide sur le canal de la Moselle. Ces arbres et la rivière entretenaient autour d’elle une atmosphère assez humide. Les moustiques pullulaient dans un petit étang d’eau morte que formaient, au bas du jardin, les infiltrations du canal et des allées trop abruptes décourageaient de s’y promener. Bien qu’il se rendît compte de tous ses inconvénients, Barrès acheta la maison, dès que mourut la vieille dame qui en était propriétaire. Il fit construire un corps de bâtiment qu’il destinait à recevoir de belles boiseries qu’avaient sculptées, au dix-huitième siècle, son compatriote Gerdolle.
Fidèle à son enfance, il ne détruisit pas le vieux jardin qu’avait planté son grand-père. Il le laissa à son désordre et son humidité. Il respecta même l’étang où naissaient les moustiques, qu’il avait toujours vus là, et qui l’obligeaient cependant de poser aux fenêtres de son cabinet de travail un grillage de garde-manger. Mais à droite et à gauche, il acheta du terrain pour créer un jardin à la française, avec des allées droites où l’on put se promener à l’aise, et lui qui par nature était sans avarice mais n’aimait pas comme on dit en province, jeter de l’argent par les fenêtres, il dépensa de grosses sommes dans l’arrangement de ce jardin, dont il avait confié le dessin et l’exécution au meilleur architecte-paysagiste de Paris.

Ces fantaisies exceptionnelles ne contredisent aucunement l’indifférence aux choses extérieures, dont j’ai parlé plusieurs fois comme d’un trait profond de son esprit. C’était à peine pour lui qu’il avait créé tout cela. Dans le beau salon de Gerdolle, on n’y allait jamais. Où qu’il fut, il n’y avait qu’une pièce où il aimait se tenir : celle où il travaillait. Le beau jardin à la française le voyait aussi rarement. Il se plaisait à y jeter les yeux comme sur une estampe ancienne, mais plutôt que sous la roseraie ou le long des allées bordées d’althéas fleuris, il aimait marcher dans la campagne, dans les sentiers de près, au bord de la Moselle, ou sur le chemin de halage qui accompagne le canal.

Seulement, cette salle et ce jardin, c’était une façon d’honorer un coin de la Lorraine. Dans la salle, il avait mis à l’abri l’œuvre d’un artiste du terroir. Quant au luxe du jardin, il n’offensait en rien sa conception de l’existence. Le jardin s’est toujours bien entendu avec le cloître. C’est quelque chose qui contribue à la beauté du paysage, et qui, d’une certaine façon, appartient à tous les regards qui le voient. Un jardin n’humilie personne, comme peut le faire une maison, mais au contraire enrichit tout le monde, comme une belle phrase de poésie.
Extrait du livre « Mes années chez Barrès de Jérôme et Jean Tharaud »,
A propos du fauteuil de Guérisseur : https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/memoire/AP72L001668?listResPage=2&mainSearch=%22charmes%20vosges%22&resPage=2&last_view=%22list%22&idQuery=%222747c75-4618-363b-5527-431207faff%22
Autre texte sur la maison de Maurice Barrès : http://www.nrblog.fr/centenaire-14-18/2014/10/13/13-octobre-1914-les-hasards-de-la-guerre/
Lien photos : https://paysnatal.blogspot.com/2015/07/la-maison-de-maurice-barres-charmes.html
D’autres liens : http://www.petit-patrimoine.com/fiche-petit-patrimoine.php?id_pp=88090_13
